Agile Games France - Toulouse 2016

C’est comme une première fois ; un moment fulgurant, hors du temps, un hapax splendide dont le souvenir trace un sillon profond dans la glèbe de l’être. Ils sont venus de loin. Ils sont venus nombreux, les alchimistes de l’humain. Par ce mot – #AGFr16 – ils ont façonné le pouvoir de changer le monde, en exhortant la puissance bienveillante du Jeu. Tel est le grand secret, la pierre philosophale qui transmute le travail en bonheur, l’incantation désormais gravée au canif dans l’écorce de mon poitrail. Les agilistes sont des magiciens au grand cœur, et l’ont encore démontré tout au long de cette incroyable convention. Abracadabra ! Au troisième coup, je vous dis tout.

Agile Games France 2016 - Départ Persistent GrenobleJeudi 10 mars, 13h

J’arrive sur le parking de Persistent Systems Grenoble où j’ai rendez-vous avec mon comparse Laurent Tardif, l’inénarrable Jean Dupuis ainsi qu’Élise Vanholsbeeck. Le suffrage communautaire ayant écarté la candidature d’Autrans – Ô triste, triste était mon âme… – nous avons donc loué un bolide à caractère automobile pour nous précipiter collégialement en Terre Cathare. Jean s’est muni d’écrans vidéos portables pour le trajet ; pour ma part, j’ai téléchargé l’intégrale de Laurent Voulzy sur ma clef USB. Emportés par de grandes et riches discussions, nous n’aurons cependant recours à aucune de ces deux options.

Vendredi 11 mars, 7h45

L’air est frais sur la petite place du marché de Lagardelle-sur-Lèze. Laurent a compté quarante minutes pour rejoindre Naillloux, l’occasion de découvrir les coteaux vallonnés et verdoyants du Lauragais. Nous arrivons sans déboire à l’auberge du Pastel où déjà de nombreux visages amis sont rassemblés autour du petit-déjeuner. J’aperçois Anne-Laure Dalban, Laurence Hanot, le Dauphiné est donc bien représenté. Le groupe se rassemble nonchalamment dans une salle attenante où chacun est invité… à choisir son Schtroumph. Je suis donc poète dorénavant.Agile Games France 2016 - Franck Rageade Schtroumph poète

C’est Alexandre Boutin qui ouvre enfin la cérémonie : « il n’y a pas d’équipe d’organisation ». Soit. Voilà qui plante parfaitement le décor ; bienvenue dans le monde merveilleux de l’auto-gestion.

En guise de mise en condition Aurélie Robert et Axel Villechalane nous répartissent en plusieurs équipes pour mimer un sport. J’ai ainsi le plaisir de retrouver une personne que j’estime énormément, le pétillant Frédéric Duffau, dans l’équipe « rugby ». Hélas, notre prestation gestuelle n’est pas à la hauteur de la joie de nous revoir et le podium, à l’applaudimètre, est le suivant :

  • Or pour l’équipe aviron
  • Argent pour la patrouille de France
  • Bronze pour le basket

Dans l’intervalle le mur s’est rempli de propositions de jeux qui peuvent à présent démarrer, par petits groupes, dans les différents espaces mis à notre disposition. N’étant pas encore totalement réveillé, je ne me sens pas d’attaque pour une activité trop complexe. Je me glisse dans un attroupement devant un tableau sur lequel ont été disposés des photos à l’effigie des protagonistes de la série Kaamelott dont je suis un inconditionnel. Les deux animateurs décrivent une trame de rétrospective originale : l’équipe de développement est assimilée aux chevaliers de la table ronde, et la réussite du projet devient une allégorie de la quête du Graal. J’adore cette idée, surtout le fait de distribuer des répliques cultes aux participants avec la mission de les replacer au moment opportun durant la réunion.

J’ai envie de bouger un peu. Sacha Lopez nous fait tester son « colin mathématique », à savoir un colin-maillard revisité dans lequel il faut silencieusement se classer les uns par rapport aux autres, en fonction d’un numéro qui nous a été secrètement attribué. Tout passe donc par le contact, à l’aveugle, et donc la confiance. Un autre défi est aussitôt lancé : comment déplacer une canette pleine avec seulement 3 fils, chaque personne n’étant autorisé qu’à en toucher un seul ? Nous tâtonnons, au début, mais une stratégie collective émerge et nous finissons par réussir l’épreuve du Sphinx Sacha. Une session des Vampires de Strasbourg est menée dans la foulée, enfin Yann Driutti nous initie aux chaises non musicales. Que d’énergie !

Le déjeuner est l’occasion d’une discussion animée sur les principes du Lean, avec pour illustres commensaux Frédéric Duffau et Chris Deniaud, ainsi que la délégation d’une grande enseigne sportive venue en force de la région Lilloise. Revigoré – que dis-je, grisé ! – je choisis d’entamer l’après-midi par l’activité Quiz de Vincent Rostaing. Il faut reconnaître que ce garçon a une présence scénique incroyable et qu’il harangue le chaland avec brio. Non seulement je passe un moment fabuleux, mais je note précieusement deux services gratuits en ligne que je ne connaissais pas : Kahoot! et Plickers.

Agile Games France 2016 - Mysterium Claude AubryArrive alors un des grands temps forts de mon séjour : Mysterium mis en jeu par Claude Aubry. L’intrigue est bâtie comme une enquête collaborative, dans un univers symbolique presque onirique, au rythme des visions transmises par un fantôme étrange et ambigu, interprété ici par Laurent Jubeau. Claude nous emporte dans l’imaginaire avec une douceur incroyable et distille avec patience les clefs de ce périple collectif. Je suis littéralement happé par une telle bouffée de créativité envoûtante et régénératrice qui me reconnecte à mon univers le plus intime.

Agile Games France 2016 - Lego MindstormsJean me propose d’être son binôme pour l’atelier Lego Mindstorms piloté par Aurélien Morvant, que j’avais croisé à Agile Tour Rennes. Inutile de préciser que je suis ici nettement moins dans mon élément que lors du jeu précédent. Nous avons une heure pour construire un robot et le programmer pour qu’il participe à un petit scénario automatisé dans lequel il va interagir avec les créatures des autres groupes. Un vrai concours de science-fiction. Heureusement la solidarité s’installe entre les équipes agiles et nous réussissons in-extremis l’exercice proposé.

Pour ce qui me concerne, la soirée est placée sous l’égide des « Action Types ». Je suis fasciné par la maestria de Frédéric Dufau-Joël déterminant le profil d’Olivier Azeau. De quoi nourrir ma réflexion intérieure bien au-delà de la chute des paupières.

Samedi 12 mars, 8h00

Les premiers convives sont déjà attablés devant un thé ou un café. Les brumes matinales se dissipent sur le marbre diapré du Lac de la Thésauque. Le soleil engourdi peine à congédier la fraîcheur ancrée dans le vallon. Les premières foulées sont difficiles, mais vite réchauffé par l’effort je m’offre une escapade délicieuse sur les sentiers alentours. Pourquoi diantre personne n’a voulu se joindre à moi ? J’avais pourtant émis le souhait de partager cette fantaisie pédestre entre agilistes de bon aloi.

Agile Games France 2016 - Théâtre d'improvisationDe retour et soigneusement ablutionné, je me glisse dans la troupe improvisée et improvisatrice de Philippe Aubrée qui nous invite à partager quelques frissons théâtraux. Le rêve non ? Vous voyez bien, Comédie et Agilité font charmant ménage, je n’ai de cesse de le répéter, quand donc allez-vous me croire ? Après 25 ans de scène, je suis toujours aussi émerveillé par l’énergie et l’originalité apportée par chacun dans les exercices d’atelier. Je voudrais discuter un peu avec Philippe à la suite de ce travail génial, mais un « Photo Party » se greffe à la suite, tandis que d’autres folles besognes battent déjà le rappel des contributeurs. Je partage cependant une discussion très enrichissante sur le théâtre agile avec Régis Rallo, un coach absolument adorable que j’avais rencontré lors de l’Agile Tour Sophia Antipolis.

Le temps nous véhiculant inexorablement vers le dénouement de cette vaste parade, je prends place dans un dernier cercle dans lequel il est question de balles de tennis et d’accent belge. L’espiègle Bruno Sbille (https://twitter.com/BrunoSbille), avec tout le talent qu’on lui connaît, embarque la bagatelle de 20 personnes dans un « Ball Point Game » endiablé, qui sera aussitôt hacké en « Supersonic Game » par Sam Cranford.

De conclure ? Les faits se sont déroulés en pays d’Oc, à mi-chemin entre Toulouse et Pré-au-Lard. Une brèche fugace s’est ouverte dans la brume des jours, une alcôve improbable, un havre féerique dans lequel un aréopage de rêveurs s’est assoupi pour retracer le Monde. Merci à tous ceux qui ont choyé ce beau songe.

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